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La découverte |
Depuis plus de cinquante ans, les prospections menées par Henri Thiennet sur la commune de Bossay-sur-Claise avaient révélé une exceptionnelle densité de sites préhistoriques, notamment pour le Paléolithique supérieur. Parmi ces sites, celui des Maîtreaux avait livré des bifaces et des fragments de grandes pièces foliacées.
Les sondages et
les fouilles ont permis de définir la séquence stratigraphique du
site. Celle-ci, en cours d'étude sédimentologique et
micromorphologique par Morgane Liard, se compose de 5
ensembles sédimentaires :
Les vestiges
d'occupation humaine pendant le Paléolithique supérieur sont
conservés dans la partie supérieure de l'ensemble 2 qui
d'après les observations microscopiques de lames de sols par M.
Liard, semble correspondre à la reprise d'un paléosol situé plus
haut sur le versant, par un processus éolien probablement associé à
un ruissellement diffus. Des nucléus
débités selon la méthode levallois, et des éclats non retouchés,
constituent le matériel lithique rencontré dans la couche 3.
Un biface a été découvert en 1998, dans cet ensemble (carré M8).
De 1994 à 2000
l'aire fouillée couvre une surface de 85 m2 pour une surface du
site estimée à 400 m2 . Les recherches ont été orientées sur un
axe Est-Ouest, deux limites assez nettes étant apparues au cours des
travaux : Près de 30 000 pièces lithiques ont été cotées. Ces objets se répartissent, pour le Solutréen, sur deux niveaux : Le niveau supérieur se caractérise par des amas de nucléus, des éclats de mise en forme et des fragments de lames fracturées lors du débitage. Ces vestiges témoignent d'une production de supports laminaires à profil rectiligne, tels des pointes à cran et des lamelles à dos. Le niveau inférieur laisse apparaître les vestiges de façonnage de feuilles de laurier (éclats et fragments, de nombreuses pièces ayant été cassées en cours de fabrication). De grandes lames (dépassant souvent 15 cm) provenant de débitages sont aussi présentes, mais en proportion bien moindre que dans le l'autre niveau. Ce matériel lithique se présente sous forme d'amas, parfois d'une très grande densité pouvant contenir plusieurs milliers de vestiges. Ces concentrations sont d'un diamètre variant entre 40 cm et 1 mètre, séparées par des zones stériles ou des épandages diffus.
Les
remontages effectués par Miguel Almeida et Maria
Joao Neves qui concernent plus de 1200 relations entre objets,
ont montré l'excellente conservation de la répartition spatiale
des vestiges après leur abandon, et éliminent l'hypothèse d'un
déplacement par un processus géologique. En effet, la majorité des
liaisons concernent des pièces appartenant à la même concentration
lithique et se trouvent à proximité immédiate les unes des autres.
Les remontages suggèrent une durée courte de formation de ces amas. Emmanuel Robin a proposé une interprétation comme vidange pour les concentrations circulaires des carrés Q/R-5/6, O-P7 et N7. Cette hypothèse est en accord avec les résultats des remontages effectués à partir des amas découverts en 1997 : ces concentrations seraient le nettoyage de la zone de plus forte densité des vestiges que l'on peut interpréter comme des postes de débitage. Les matières
premières utilisées proviennent essentiellement du Turonien
supérieur, prélevé dans un rayon de moins de 1 kilomètre. Le
silex local se présente sous la forme de dalles pouvant atteindre 1
mètre de longueur, à cortex généralement fin. Plusieurs
plaquettes de calcaires rubéfiées ou de grès à ciment
silico-ferrugineux ont été découvertes, associées avec les amas de
plus forte densité. Leur répartition, l'absence de sédiments entre
elles et les amas, ainsi que la rareté des silex brûlés, font penser
à la vidange d'un foyer, plutôt qu'à une structure de
combustion en place.
Les occupations du site des Maîtreaux peuvent être interprétées de plusieurs façons : - Ce pourrait être de vastes campements établis sur une grande surface, les fouilles n'ayant mis au jour, pour l'instant, que les aires spécifiques dévolues à la taille. Les arguments principaux contre cette hypothèse sont l’homogénéité des chaînes opératoires et la découverte, par des sondages sur une aire totale de 400 mètres carrés, d'assemblages lithiques provenant d'opérations de taille. - Il pourrait s'agir de courts arrêts (de plusieurs heures à plusieurs jours) de quelques personnes (dont deux ou trois tailleurs) en vue de constituer une réserve d'objets lithiques destinés à être utilisés sur d'autres sites locaux (encore non détectés) distants de moins d'une dizaine de kilomètres. Cette hypothèse trouve un argument dans la représentation partielle des premières phases de façonnage des feuilles de laurier sur les sites de Monthaud et de l’abri des Roches d’Abilly. - Ces réserves
d'objets pourraient aussi avoir été constituées dans le cadre de
déplacements vers des sites de chasse distant de plusieurs
dizaines de kilomètres. Les séries connues jusqu'à présent sur les
sites en amont et en aval du bassin versant de la Creuse,
contiennent des pièces foliacées et des outils confectionnés en
silex du Turonien supérieur qui ont été transportés déjà fabriqués
et abandonnés après usage, même si le débitage de supports
lamellaires est attesté à l'Abri Fritsch et à Fressignes (Aubry
1991, Vialou D. et A. 1990, 1994). |
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